Présenté à tous les amateurs
de l'ancienne poésie française
par Hans Dieter Steudel:
Je contemplais un jour le dormant de
ce fleuve
Jean de Sponde 1557-1595
Je contemplais un jour le dormant de ce
fleuve
Qui traîne lentement les ondes dans la mer,
Sans que les Aquilons le fassent écumer
Ni bondir, ravageur, sur les bords qu'il abreuve.
Et contemplant le cours de ces maux que j'épreuve,
Ce fleuve, dis-je alors, ne sait que c'est d'aimer ;
Si quelque flamme eût pu ses glaces allumer,
Il trouverait l'amour ainsi que je le treuve.
S'il le sentait si bien, il aurait plus de flots,
L'Amour est de la peine et non point du repos,
Mais cette peine enfin est du repos suivie,
Si son esprit constant la défend du trépas ;
Mais qui meurt en la peine il ne mérite pas
Que le repos jamais lui redonne la vie.